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fur et à mesure que ce grand espace de virtuel que
nous aimons tous s'installe dans nos chaumières,
et qu'il s'intègre à notre quotidien à
en être déjà presque devenu banal, il
est à constater que de nombreux marchands se battent
essentiellement sur un argument, et un seul : le prix. Il
faut dire que la demande en termes de " discount "
(souvent fictif d'ailleurs) est forte, très forte.
Mais combien coûtent, en fin de compte, ces petites
économies ?
Bien
sûr, on peut se sentir fier d'avoir réussi
à économiser 5 ou 10 euros sur l'achat d'une
barrette mémoire 128 Mo pour rajeunir son PC. On
peut également se réjouir d'avoir " surcoufé
" un appareil photo numérique à moins
de 150 euros. Et avoir grignoté, à grand renfort
de comparateurs de prix, 5 % sur le prix d'un iMac peut
donner le sentiment d'une grande satisfaction. Oui, on peut
le dire. Mais pour garder pleinement cette sensation de
fierté et cette allégresse de cyberacheteur
présumé averti, il y a aussi bien des choses
à taire.
Déjà, ne pas avouer le temps que l'on a passé
à fouiller d'annuaire en guide d'achat, de forums
de discussion en comparateurs de prix, car ce temps-là
coûte de l'argent : celui de la connexion.
Ensuite, n'oublions pas de passer sous silence les emails,
fax et appels téléphoniques à destination
du commerçant, car le délai de cinq jours
annoncé semblait pour le moins élastique.
Ceci dit, peut-être que les conditions de vente précisaient
des points importants, et que ledit commerçant n'était
en fait pas en retard. Mais lire les conditions de vente,
ça coûte aussi de la connexion. Alors on évite,
même si ne pas les lire peut parfois coûter
bien plus cher, en termes de disconvenues dues à
une livraison tardive, par exemple. Ah, vous avez appelé
la boutique pour vous assurer de la disponibilité
? Bon, n'en dites mot à personne, vu que ce n'était
pas un numéro vert
Enfin, gardons-nous bien de clamer notre déception
devant tout le monde. Euh, quelle déception, me direz-vous
? Celle de constater que l'appareil photo numérique,
sous son emballage bien racoleur, est quasiment inexploitable
tellement sa qualité est médiocre ? Celle
de découvrir, après déballage, que
l'iMac livré est un nanard qui a traîné
cinq mois dans les stocks, et qu'il faut aller télécharger
la mise à jour du système d'exploitation ?
Ou celle de voir son PC planter toutes les dix minutes à
cause de cette satanée barrette mémoire qui,
contrairement à celle qui coûtait 5 euros de
plus, ne porte pas de marque et ne bénéficie
pas d'une garantie longue durée ?
Achetons
des prix
Et pourtant, syndrôme de la Rue Montgallet oblige,
on continue, encore et toujours, à " acheter
des prix ". Et quand on a un problème, on va
rouspéter un bon coup dans les newsgroups ou sur
les sites d'avis de consommateurs. On y parle d'arnaques,
d'escroqueries, souvent sans réaliser le sens (juridique)
et la portée (diffamatoire) de ces propos. Et quand
on retourne dans le newsgroup, on perd un argent fou (en
connexion) à télécharger les centaines
de nouveaux messages ainsi postés
Un vrai cercle
vicieux. Sans vouloir faire de parallèle malhabile
ou insultant, ça rappelle quand même, dans
un sens, les sociétés américaines qui
fournissent des poulets aux chaînes de restauration
rapide : ces pauvres bêtes élevées en
batterie n'ont pour seule nourriture que leurs propres excréments.
Le consommateur lésé, lui, n'est pas un animal
élevé en batterie bien sûr, mais plus
il achète de choses ragoûtantes, puis lui on
lui en ressert, et plus il en rachète, tant il est
convaincu d'avoir raison de privilégier son porte-monnaie
au détriment de son bien-être
Pigalle
la blanche
Offline, certains exemples illustrent tout aussi bien le
phénomène. Prenons l'exemple du quartier Pigalle
à Paris, fief des magasins de musique (entre autres
).
Qu'y voit-on ? Une course folle à la visibilité,
des sociétés entassées sur les autres
et qui, au fur et à mesure qu'elles investissent
dans des locaux de plus en plus démesurées,
baissent leurs prix
et les salaires à l'embauche
de vendeurs souvent à peine initiés à
ce qu'ils vendent. Il faut dire que le turn-over est particulièrement
élevé chez certaines de ces sociétés.
Parallèlement, totalement en dehors du " quartier
chaud ", certaines boutiques leur dament le pion. Le
concept ? Pas de frime, pas de fioritures, une petite surface
de vente mais du stock dans les sous-sols, des prix un peu
moins cassés certes, mais des vendeurs expérimentés,
bien payés, et surtout des résultats comptables
positifs et des taux de satisfaction client et de fidélisation
très élévés.
Que faut-il comprendre de tout cela ? D'abord, qu'il ne
faut cependant pas systématiquement amalgamer "
discount " et " service déplorable ".
Il existe des cas (assez rares cependant) de boutiques parvenant
à combiner des prix abordables avec un service de
qualité. Il existe aussi des sociétés
qui facturent très cher tout en n'apportant à
leurs clients qu'un service des plus médiocres. C'est
en partie " grâce " à ses sociétés
que le chaland, déçu et l'ayant fait savoir,
cherche à " acheter des prix ".
Pourtant, les marchands qui, sur le Net, décident
d'investir dans un service de qualité, augmentent
leurs coûts de fonctionnement en conséquence,
augmentent leurs prix en conséquence, font un "
carton ". Entendre par là que non seulement
leur chiffre d'affaires, mais également leur nombre
de commandes et leur taux de satisfaction client, progressent.
L'avenir est à ceux qui ont le prix haut ?
De là à penser que l'avenir du e-commerce
appartient à cette catégorie de marchands,
il n'y a qu'un pas, que nous ne nous permettrons pas de
franchir sans observer, pendant de longs mois encore, l'évolution
des tendances commerciales sur la Toile.
Ce qui est certain en revanche, c'est que depuis les errances
logistiques et commerciales de Père-Noël.fr
et de quelques autres, le client n'est plus décidé
à se laisser berner. Et que ceux qui négligent
leurs clients sont appelés à mourir dans un
futur très proche, quel que soit leur politique tarifaire.
Jean
Lançon
www.jeanlancon.com
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